
Genre : comédie
Distribution : 2 hommes
Durée : 1h20
Editeur : demander à l’auteur
Résumé :
Georges et François sont frères avec une différence d’âge de dix ans et une différence sociale flagrante. François est une vedette de la télévision, présentateur d’une émission littéraire. Georges, l’ainé, est retraité de l’industrie du bois qu’il a pratiqué toute sa vie dans le Jura. Ajouté à cela il y a des histoires de femmes qu’il vaut mieux ne pas aborder. Mais justement, ce jour de Novembre, les deux frangins vont les aborder. Et comme ce sont des gars rudes, ils ne vont pas le faire tendrement. Tout du moins au début.
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Extrait
…/…
GEORGES C’est toi ? T’es pas reparti ?
FRANCOIS Comme tu vois. Je m’incruste. T’écoute toujours ta musique chiante ?
GEORGES C’est pas chiant, c’est mélancolique. C’est bizarre, que de nous deux, ce soit le plus artiste qui me fasse ce genre de réflexion. Schubert c’est très beau.
FRANCOIS C’est beau mais c’est chiant. Ça te vient de la mère, ça.
GEORGES Sûrement. Elle en écoutait tout le temps.
FRANCOIS La grande musique comme elle disait. Ce qu’elle a pu m’emmerder avec ça. « Ecoute, c’est beau. Tu reconnais c’est Mozart. Et là c’est Bach. Et là c’est Prokofiev. – Maman, je lis. – Et tu peux pas écouter en lisant ? ».
GEORGES Moi j’aimais pas lire alors ça m’allait.
Georges va arrêter la musique. François pose une bouteille de whisky irlandais sur la table.
FRANCOIS Voilà quelque chose qui n’est pas chiant. Surtout vers le fond de la bouteille. Tu aimes toujours le whisky ?
GEORGES Toujours. A l’occasion.
FRANCOIS Celui-là vient directement d’Irlande. On me l’avait offert à l’occasion d’un enregistrement à Lughnasadh pour la grande fête gaëlique, on avait invité Sally Rooney, tu connais peut-être ?
GEORGES Non.
FRANCOIS Un sacré beau brin de fille.
GEORGES Tiens donc.
FRANCOIS Mais pas que. Du caractère. Alors que ses bouquins se vendent dans le monde entier elle a refusé de vendre ses droits de traduction à un éditeur israélien.
GEORGES Pourquoi ? Ça ne peut pas se traduire en hébreu ?
FRANCOIS Non, pour soutenir la cause palestinienne.
GEORGES Elle préfère soutenir les terroristes ?
FRANCOIS Oh, le raccourci est saisissant. On va peut-être parler d’autre chose.
GEORGES Tu devais pas remonter à Paris enregistrer une de tes émissions ?
FRANCOIS (mal à l’aise) Euh… non, on en a… disons qu’on a pris un peu d’avance et qu’on va réfléchir à une nouvelle formule.
GEORGES Pourquoi ? Ça marche pas ?
FRANCOIS Si… si, très bien…mais tu sais… enfin, non, tu ne sais pas, mais à la télé faut toujours imaginer, surprendre, innover… je vais pas t’embêter avec ça.
GEORGES Et tu restes dans le Jura ?
FRANCOIS Oui. J’ai gardé ma chambre à l’hôtel vu que t’as pas mieux à m’offrir.
GEORGES C’est pas un peu trop calme pour toi ?
FRANCOIS Non, au contraire, ça fait du bien. Tu sais, je suis plus tout jeune.
GEORGES Je sais, onze de moins que moi.
FRANCOIS Et puis le toubib m’a dit de me calmer sur les excitants, ça finit par user.
GEORGES Alors je te fais une tisane ?
FRANCOIS Non. Ouvre l’irlandais. Qu’on lui renifle la tourbe.
Georges ouvre la bouteille et verse du beau liquide doré dans deux verres.
FRANCOIS Fais péter les chips aussi, sinon ça va nous perforer la tubulure.
GEORGES T’es comme les gosses, toi. Ce que tu préfères dans l’apéro c’est les amuse-gueules.
Georges verse des chips et des cacahuètes dans deux bols. Il se prend les pieds dans le tapis.
GEORGES M’énerve ce tapis.
FRANCOIS A propos de gosse, vous m’avez jamais fait tonton, Viviane et toi.
GEORGES Non.
FRANCOIS Vous n’en vouliez pas.
GEORGES On pouvait pas. On s’est pas mal engueulés sur le sujet. Elle disait que ça venait de moi, que je travaillais trop, que je mangeais trop gras, que ça venait de mon diabète, de mes varices, que j’avais dû faire les oreillons, que je portais des slips trop serrés. Je lui disais d’aller faire des examens, elle n’a jamais voulu. J’te dis que ça vient de toi. Ça a toujours bien marché dans la famille. Elle est allée
chercher dans ma famille l’oncle Casimir qu’avait pas eu de descendance. Mais l’oncle Casimir il s’était pris un pruneau dans les roustons en Argonne, en 18.
FRANCOIS Le saccage des bijoux de famille ça ne se transmet pas par hérédité.
GEORGES J’ai fini par y aller, un jour, sans lui en parler. J’ai rempli mon petit flacon, je l’ai donné à l’infirmière en priant de pas en avoir foutu à l’extérieur quand je l’ai vue s’essuyer les doigts. C’était normal. Je lui ai rien dit.
FRANCOIS Pourquoi ?
GEORGES Pour pas lui faire de peine.
…/…