
Genre : comédie
Distribution : 1 femme 1 homme
Durée : 1h20
Texte disponible auprès de l’auteur
Résumé :
Un écrivain connu mais qui traverse une période de sécheresse d’écriture reçoit une jeune femme qui l’admire et qui a joué une de ses pièces dans une troupe d’amateurs. Par son charme et sa spontanéité, la jeune femme va sortir l’auteur de son apathie jusqu’au moment où les sentiments viennent s’en mêler.
Extrait
…/…
PIERRE
Alors comme ça, vous avez joué l’une de mes pièces ?
CAROLE
Oui, « Les voyageuses », pendant presque trois années.
PIERRE
Trois années ? Mais c’est donc grâce à vous que j’ai gagné autant d’argent ?
CAROLE
Oh non. Nous sommes des amateurs. Nos représentations étaient très espacées. Mais enfin, nous l’avons tout de même jouée une soixantaine de fois.
PIERRE
Ah oui, ça fait 20 par an. Ce n’est pas le record.
CAROLE
Ce n’est pas si mal pour une compagnie d’amateurs. J’en connais qui ne jouent qu’une ou deux fois.
PIERRE
Je sais, j’ai vu ça sur mes bordereaux, trente balles par ci, trente balles par là. Quel courage ! Monter mes pièces pour les jouer si peu, c’est gâché.
CAROLE
Vous trouvez ? Vous préfèreriez qu’elles dorment en librairie ?
PIERRE
Non. Qu’elles soient jouées 300 fois par an !
CAROLE
Ça vous est déjà arrivé si j’en juge par vos affiches.
PIERRE
Il y a longtemps, oui. Faut croire que mes nouvelles pièces sont moins bonnes. Ou qu’elles ne sont pas à la mode. Mon fils me dit : tes pièces sont trop sombres. Les gens veulent rire. Ecris des comédies ! Et quand j’écris des comédies il me dit : tes pièces ne sont pas drôles.
CAROLE
Moi je les trouve drôles. Même vos pièces sombres, comme vous dites. Vous vous arrangez toujours pour y glisser de l’humour…
PIERRE
L’humour du désespoir.
CAROLE
…une réplique piquante…
PIERRE
Un cache-misère.
CAROLE
…une vacherie cinglante, oui…mais drôle.
PIERRE
Alors c’est que vous êtes plus âgée que mon fils. L’humour est une denrée périssable dès qu’elle franchit une frontière générationnelle.
CAROLE
Ne généralisez pas. Quand on jouait « Les voyageuses » il y avait des jeunes dans la salle et ce n’étaient pas les derniers à rire. Et à nous féliciter à la sortie.
PIERRE
Alors faites-moi rêver. Racontez-moi vos succès provinciaux. Ces salles des fêtes de campagne résonnant d’éclats de rire champêtres à mes bons mots.
CAROLE
J’aime moins cet humour-là.
PIERRE
Excusez-moi. Donc ?…
CAROLE
Euh…je ne sais pas par quoi commencer…
PIERRE
Un jour, vous avez lu ma pièce, vous l’avez aimée et vous vous êtes dit : elle a tenu l’affiche deux ans à Paris, essayons de faire mieux et de battre le record.
CAROLE
Pas du tout. Je vais vous décevoir, je ne vous connaissais pas. Je n’avais même jamais lu une de vos pièces.
PIERRE
Vous avez raison, elles sont mauvaises.
CAROLE
Pas du tout. Je me suis rattrapé depuis et je suis incollable sur le théâtre de Pierre Jourdan.
PIERRE
On se croirait à Question pour un champion.
CAROLE
Allez-y, interrogez-moi, sur n’importe laquelle de vos pièces, vous verrez.
PIERRE
L’ennui c’est que mon théâtre est le sujet auquel je m’intéresse le moins.
CAROLE
Vous avez tort. Il y a de quoi écrire une thèse.
PIERRE
Pourquoi pas. On écrit des thèses sur tout et n’importe quoi alors pourquoi pas sur mes pièces. Donc, si je comprends bien, il y a trois ans vous ne me connaissiez pas et vous n’aviez rien lu de moi. Et du jour au lendemain, révélation, la sainte vierge vous apparait et vous dit : lève-toi et marche jusqu’à la Librairie Théâtrale, prends « Les voyageuses » dans la collection de poche c’est moins cher et monde-là, du succès tu auras.
……