Le vin de la colère

Genre : drame historique

Distribution : nombreux hommes et femmes

Durée : 1h40

Texte disponible auprès de l’auteur

Résumé :

Depuis plusieurs années, les vignerons de l’Aude voient leurs revenus diminuer à cause de l’importation de vins étrangers, du sucrage et de la fraude. En 1907, la misère généralisée engendre la colère. Marcelin Albert prend la tête d’un mouvement de protestation, se voulant apolitique et non-violent, qui va cependant déboucher sur une révolte de tout le sud-ouest du pays vite réprimée par l’armée. Une épopée historique et le portrait d’un héros méconnu.

Extrait

…/…

TONIN
En trente ans, le prix de l’hectolitre a été divisé par trois, tu m’entends ? Par trois !

MARCELIN
Je sais bien. Ne crois pas qu’on me fait de meilleurs prix.

ELIE
On me le payait encore 24 francs l’hectolitre en 1903 et maintenant, misère ! c’est à peine 7 francs !

MARCELIN
Et la production de sucre de betterave est passée, elle, de 400 000 à 600 000 tonnes en un an. Et tout ça pourquoi ? Pour sucrer notre bon vin naturel.

ELIE
Et vous oubliez le picrate algérien qui nous arrive à flot à des prix ridicules.

LOUIS
Pourquoi allez chercher du vin à l’étranger, alors qu’on en a plein les barriques en France.

ELIE
Ils disent que l’Algérie c’est la France et qu’il coûte moins cher.

TONIN
Nom dédiou, goûte donc moi ça ! Ça a-t-y besoin d’l’Algérie pour réchauffer la langue et l’estomac ?

MARCELIN
Le plus grand malheur vient de la chimie. Ah, elle en fait de belles découvertes ! Merci monsieur Chapsal !

TONIN
C’est qui celui-là ?

MARCELIN
Ce monsieur est celui qui a découvert qu’en ajoutant du sucre au moment de la fermentation on fait remonter le degré d’alcool.

ELIE
Belle saloperie ! J’en connais qui ne se gênent pas pour rajouter de l’eau aussi.

ALPHONSE
Mouillage, sucrage, mouillage, sucrage, quand le vin a été maltraité une bonne dizaine de fois…

TONIN
Et qu’on lui a rajouté de l’arsenic ou de l’acide citrique pour la conservation…

LOUIS
Au bout du compte c’est plus du vin naturel qu’arrive dans le verre, c’est de la pisse d’âne.

TONIN
Ah crévindiou ! Du vin qu’on dirait le petit Jésus en culotte de velours. J’en donnais à mon gamin pour qu’il devienne grand et fort.

ALPHONSE
Pas comme son père !

(Rires)

TONIN
Rigole ! N’empêche que Pasteur, monsieur Pasteur même je dis, le grand savant qui a goûté notre vin, il a dit : le vin est le breuvage le plus sain et le plus hygiénique qui soit.

LOUIS
Exact. Il a même dit qu’il fallait préférer le vin à l’eau qui est parfois pas très potable.

TOUS (en vrac)
Oui ! C’est vrai ! Il l’a dit !

TONIN
Et que le vin est un excellent…comment il a dit ?… un anti… antispet…

MARCELIN
Antiseptique.

LOUIS
Exact. Grand monsieur ce Pasteur.

TONIN
D’ailleurs moi, quand je fais chauffer mon vin, tout doucement, pour détruire les germes, je dis que je pasteurise.

MARCELIN
Mais il n’y a pas que toi. Tout le monde pasteurise. Même les magouilleurs et les trafiquants.

ALPHONSE
Tais-toi donc, tu me gerces le foie.

ELIE
Remets-en donc une tournée Marcelin, avant qu’on nous le change en jus de betterave.

MARCELIN
Hé, je suis plus chez moi ! C’est Alphonse le patron maintenant.

ALPHONSE
Avec tous les trafics, ils ont doublé … qu’est-ce que je dis, triplé la production. Et tout le monde sait qu’un produit qui est en trop grande quantité, on lui donne le prix le plus bas.

LOUIS
A Narbonne, ça vaut tellement rien, que dans les bistrots ils vendent le pinard à l’heure.

ELIE
A l’heure ?

LOUIS
Oui, tu payes et pendant une heure tu bois tout ce que tu veux !

…/…